IJCLab CNRS Nucléaire et Particules Institut Pascal

Dialogue entre mondes

Science fondamentale et mode à Paris-Saclay

Le projet Dialogue entre mondes explore une approche originale de la médiation scientifique, en croisant physique fondamentale, création et mode. Face aux enjeux contemporains de démocratisation des savoirs et d’ouverture des sciences à des publics diversifiés, cette initiative propose une expérimentation concrète : créer et présenter des pièces inspirées par la recherche en physique fondamentale, conçues comme des dispositifs de médiation non seulement attractifs, mais aussi et surtout pédagogiques et émotionnels.

Loin d’être une simple démarche esthétique, le projet repose sur une coproduction entre chercheurs, artistes et médiateurs, conjuguant rigueur scientifique et créativité. Il vise à diversifier les modes de communication de la science pour établir un dialogue participatif et réfléchi avec des publics souvent éloignés du monde de la recherche et de la science. Cette approche s’inscrit dans un contexte où les institutions scientifiques cherchent à renforcer leur impact sociétal en valorisant les savoirs complexes par des formes nouvelles.

Panni Margot

Designer et créateur de mode argentin

Panni Margot est un créateur de mode argentin dont la signature allie un fort sens visuel futuriste, des influences japonaises (kimono, minimalisme, symboles de la nature) et une approche sans genre (« genderless ») des vêtements.
Panni Margot se distingue entre autre par son usage précoce de l’intelligence artificielle (IA) dans la mode : il fut le premier designer au monde à avoir créé une collection à partir de designs générés par IA (via un système comme DALL·E) — images conçues par IA, puis transformées en vêtements. Cette collection a été présentée aux États‑Unis lors du Runway Latinx à Chicago en 2022.
Il a par la suite été invité à présenter une collection lors de la New York Fashion Week (NYFW), dans le cadre du salon Runway 7 au Sony Hall en septembre 2024. Cet événement marque une étape importante de sa visibilité internationale.

Nos pièces

collection
Collection de six pièces à l'Institut Pascal.

L’architecture invisible de l’univers

Lentille gravitationnelle : la lumière modelée par l’invisible

Ce justaucorps réinvente la manière dont l’univers révèle ce qu’il ne peut montrer directement. Un champ d’étoiles peintes se déploie sous une couche transparente déformée par la chaleur, dont les courbes modifient et déplacent la lumière qui nous parvient. Cet effet visuel évoque le phénomène de lentille gravitationnelle : la déviation de la lumière par une masse qui n’émet pas de lumière.
En cosmologie, les galaxies lointaines apparaissent étirées, agrandies ou déplacées, car leur lumière est déviée par la gravité au cours de son voyage. Ces déformations sont autant d’indices : elles tracent la présence d’une matière invisible dans le cosmos, cette composante que nous appelons la matière sombre, connue non par la vue, mais par son influence sur le trajet de la lumière.

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Le paysage souterrain de la détection des neutrinos

Neutrino : Particule élémentaire neutre, de masse infime.

Ce kimono transforme le monde invisible de la détection des neutrinos en un jeu de couleurs et de lumières changeantes. Sa surface varie de ton selon l’éclairage ; même le flash d’un appareil photo révèle de nouvelles nuances, évoquant la manière dont les neutrinos oscillent entre différentes saveurs au cours de leur voyage à travers l’espace.
Le neutrino parcourt l’univers presque sans interagir. Des milliards traversent notre corps chaque seconde. Ce n’est que dans les occasions les plus rares qu’il entre en collision avec la matière, libérant un faible éclair de lumière que des tubes photomultiplicateurs captent dans les profondeurs de la Terre : de véritables yeux dorés qui voient l’invisible.

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Le chapeau qui voit le cosmos

Scintillateur : révélant les pluies invisibles de particules cosmiques.

Reliés par une électronique dissimulée, ce chapeau et cette robe forment un seul système de détection. Un petit scintillateur intégré dans le chapeau enregistre le passage des muons — des particules chargées produites lorsque des rayons cosmiques de haute énergie provenant de notre galaxie interagissent avec la haute atmosphère, créant une cascade de particules secondaires. Chaque muon détecté déclenche une brève illumination sur la robe, visualisant une partie de cette cascade atmosphérique de particules.
Au niveau de la mer, des centaines de muons par mètre carré et par seconde traversent notre corps sans être remarqués. Ici, leur présence devient visible : chaque impulsion lumineuse marque une particule qui a commencé son voyage en tant que rayon cosmique galactique, portant des informations sur des processus énergétiques ailleurs dans la Voie lactée. En intégrant un détecteur scientifique dans un vêtement, cette pièce rend perceptible le rayonnement ionisant et invite à réfléchir sur les instruments nécessaires pour observer l’univers invisible.

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Jeux de lumière et d’ombre

Protection thermique : réfléchir le rayonnement pour protéger les instruments spatiaux.

Ce costume est fabriqué à partir du même matériau thermique multicouche qui enveloppe les satellites en orbite autour de la Terre. Sa surface métallique réfléchit la lumière du soleil et protège contre les variations extrêmes de température, du froid de l’ombre à la chaleur du rayonnement direct. Chaque couche constitue une défense contre le vide, un équilibre précis entre réflexion et isolation.
Le design est parsemé de poches, référence discrète aux charges utiles logées à l’intérieur des satellites réels. Le matériau des couvertures thermiques fait référence à la physique des systèmes de contrôle thermique, qui régulent la chaleur, réfléchissent le rayonnement solaire et garantissent que les instruments scientifiques restent opérationnels dans le vide de l’espace.

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Empreintes de particules subatomiques

Sillons de particules en chambre à bulles

Cette veste et ce pantalon en jean révèlent les traces éphémères laissées par les particules subatomiques. Les motifs imprimés sont basés sur de véritables photographies prises avec la chambre à bulles de 15 pieds du Fermilab, où des particules chargées traversant un liquide surchauffé produisaient des spirales, des courbes et des trajectoires ramifiées. Chaque ligne capture un événement microscopique fugitif.
Le jean a été choisi pour sa familiarité et son accessibilité, évoquant à la fois le quotidien et ses origines américaines, là où ces expériences emblématiques ont été réalisées.
Transposer ces images scientifiques sur le tissu crée un lien tangible entre la physique des particules et la vie de tous les jours, matérialisant des phénomènes abstraits dans un matériau que chacun reconnaît.

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La naissance de l’Univers

Inflation cosmique : l’expansion rapide qui a façonné l’espace et le temps.

Cette robe retrace les premiers instants après le début de l’expansion de l’univers. Sa large jupe reflète la courbe exponentielle de l’inflation cosmique — la phase durant laquelle l’espace lui-même s’est étendu plus vite que la lumière, transformant les fluctuations quantiques en graines de galaxies et d’amas. Chaque section imprimée marque une étape de l’expansion ; ensemble, elles forment une carte visuelle de croissance, de mouvement et d’échelle.
La partie supérieure reste vide, évoquant la question sans réponse de ce qui existait avant. La cosmologie de l’univers primitif relie la plus petite physique aux plus grandes structures, faisant le lien entre l’incertitude quantique et la géométrie du cosmos. Ici, ce lien devient tangible : la forme et le motif du tissu se déploient comme l’espace-temps lui-même, rappelant que ce que nous voyons aujourd’hui a commencé comme une instabilité fugace dans le vide.

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